Rechercher dans ce blog

mercredi 27 mars 2024

La finance islamique: une définition

La croissance économique est un objectif recherché par tous les pays et le financement des axes stratégiques à cet effet mobilise plus d’une source. le système financier classique, avec l’application de l’intérêt comme maillon de ce jeu reçoit un avertissement sur son fonctionnement à travers les différentes crises économiques. Allais (1947) estime que « le problème de l’intérêt constitue certainement le problème le plus ardu de la science économique et l’utilité de son étude est absolument fondamentale ». Nombre d'études s'y sont consacrées et s'y consacre encore.

Cependant, une forme d'alternative (correspondant à une éthique  s'est invitée au jeu économique avec pour terme: la Finance Islamique (FI). Cette dernière se positionne aujourd’hui comme un autre levier de financement innovant. Elle permet ainsi, des possibilités différentes de la finance classique en vue d’influencer positivement l’évolution des économies.

La Finance Islamique appartient à un large concept : l’économie islamique ; une doctrine économique (correspondant à une éthique islamique qui s'est formalisée au cours de la seconde moitié du 20e siècle (Hassan et Lewis, 2014)). A l'image ses autres doctrines (capitalisme, communisme, socialisme), elle diffère par son propre système de valeurs (Mzid, 2013). Dans la perspective de mieux comprendre ce système, nombre de questions doivent trouver des reponses; à savoir: Comment peut-il se définir? A travers quels instruments et  mécanismes, s'exprime-t-il? Quelles sont les valeurs et les opérations qu'il propose? Existe-t-il des normes qui l'accompagnent au même titre que la finance classique? Quelles sont les institutions qui le gouverne?

Il faut noter que le terme d'économie islamique a souvent été associé à la finance islamique en raison de l'importance excessive accordée aux questions du riba (usure), du gharar (incertitude) et du halal (permissible), décrites dans la jurisprudence commerciale islamique. Toutefois, l'économie islamique, en tant qu'idéologie, a une portée considérable qui va au-delà du simple respect des règles immuables définies par la charia. Dans ce article, nous nous focaliserons sur la définition de la finance islamique de manière intrinsèque. 

Ainsi, la Finance Islamique, qualifiée de "laribâ" (non ribâ), peut ainsi être vue comme l’ensemble des modes de financement qui ont été adoptés pour respecter l’interdiction simultanément de l’usure proprement dite et de l’intérêt au sens conventionnel du terme (Martens, 2001). Elle offre une alternative basée sur des principes éthiques , favorisant le partage des risques et la transparence dans les transactions financières. Elle fait donc référence à l’exercice d’une activité financière qui se réalise en conformité avec les règles et principes de la loi islamique (la Charia). La finance islamique se pense donc comme un compartiment de la finance éthique, et plus précisément de l’économie islamique.

Figure 1: Positionnement de l'économie et de la finance es islam

 








Source: Medjaoui 2012 [tiré de Koné (2022)]

Selon Sid Ahmed (1982), il n’existe guère de différences entre les principes de l’Islam et les objectifs fondamentaux du capitalisme (profits résultant de l’activité commerciale, rendements financiers d’investissements à risque, propriété privée, etc.). L’Islam, cependant, n’accepte les pratiques capitalistes que dans la mesure où elles ne nuisent pas au bien-être social. Les préférences de l’Islam vont donc à un capitalisme relativement égalitaire. Ces principes se veulent moraux, en ce qu’ils imposent un comportement normé, par opposition à la finance classique, non pas immorale, mais amorale, c’est-à-dire délestée de toute référence à une doctrine axiologique (Guermas-Sayegh, 2011).

Elle privilégie un système de valeurs bâti sur la nécessité d’éviter ce qui est interdit, sur un équilibre entre l’intérêt personnel et l’intérêt public, mais aussi sur les valeurs de l’équité, la transparence. Ces valeurs sont d’une importance capitale et doivent se refléter obligatoirement dans les actes et les transactions. Cinq principes fondamentaux guident la finance islamique (trois principes négatifs ou interdits et deux principes positifs ou admis, constituant des obligations). Elle ne saurait donc se définir à leur détriment. Ainsi, nous avons:

L’interdiction de l’intérêt et de l’usure

L’idée du prêt à intérêt revêt un caractère de premier rang dans la pensée économique antique. Elle demeure une permanente problématique à la dimension de la société et dans la plupart des domaines d’analyse. La controverse a longtemps existé dans la prise en compte de la perception de l’intérêt. Dans un même moule, des considérations philosophiques, des principes d’éthique et de religion, des dogmes politiques, des analyses scientifiques et économiques et des observations sociales, prennent part au positionnement du sujet.

Une variation des impératifs à son sujet a été observée ; mais toutes les religions du livre l’ont au moins condamné à une certaine période. Ainsi, l’usage de l’intérêt est totalement interdit (haram) par l’islam « Dieu a permis le commerce, afin de faire du profit, et interdit le riba », (sourate Al-Baqara, verset 275). Le Coran fait alors remarquer l’interdiction du riba à plusieurs reprises. Nous retenons celle au niveau de la Sourate al-Imran (la famille de Imran) au verset 130 « ô les croyants ! Ne pratiquez pas l’usure en multipliant démesurément votre capital. Et craignez Dieu afin que vous réussissiez ! ».

La finance islamique considère, en effet, le ribâ comme une simple rémunération du temps écoulé qui ne nécessite aucune prise de risque ni effort de travail. La prohibition pure et simple de l’usage de l’intérêt répond à un souci de résorption des difficultés économiques et sociales encouru en passant par cette pratique. L’évidence de cet interdit fondamental n’admet donc pas de caractère spontané ou cultuel, ni isolé dans le temps et l’espace. Elle exprime la résultante d’une myriade de tentatives des expériences humaines. Selon Medjaoui (2012), elle s’impose comme un enseignement prouvé, en référence à l’histoire humaine, sur les risques de perdition auxquels sont soumis l’individu et le corps social relativement à la pratique du prêt à intérêt.

La censure du Gharar et du Maysir

L’attitude économique et financière de l’agent économique en finance islamique se réfère à trois éléments fondamentaux, intimement liés. Les décisions donc d’investissement, de consommation et d’épargne sont rattachées à la notion du temps, de l’incertitude et du risque. Or, aléa et incertitude, définissent littéralement le Gharar qui s’apparente à tout type de contrat dans lequel, les droits des parties prenantes dépendent d’un évènement aléatoire, non maîtrisable.

 Le système économique islamique dans sa définition première rejette le « Gharar » (incertitude, hasard) et le « Maysir » (spéculation, aléa). Selon la jurisprudence islamique, ce terme démontre l’exposition à un danger et un risque excessif dans une opération à cause de l’incertitude sur le prix, l’objet, la qualité de l’objet du contrat, le délai d’exécution. La législation du système économique islamique, dans sa démarche de limitation de la spéculation excessive, préconise des clauses d’entérinement de toute transaction qui met en relation l’économie réelle et la finance islamique. Quatre conditions sont ainsi évoquées : l’existence, la légalité, la livraison et la précision dans la définition (Majidi, 2016).

L'investissement éthique ou la condamnation d’activités illicites

Le rejet du « Haram » est établi dans le système économique islamique, comme dans la vision éthique de la finance. En effet, la charia exclut, de manière directe ou indirecte, les biens impurs « interdits, prohibés ». Le terme relève de l’interdiction d’effectuer des opérations jugées illicites, telles que celles liées au commerce de : l’alcool, le tabac, la drogue, l’industrie porcine, les jeux de hasard, ou encore la pornographie. Certaines institutions financières dans leur forme classique (basée sur le riba et la Gharar) sont concernées et donc écartées : les banques conventionnelles, les sociétés des leasings et les compagnies d’assurances. Ainsi, elle éloigne, de son champ d’investissement, certaines industries, en usant de filtres éthiques, sociaux et environnementaux.

 Au-delà de ces principes négatifs (ou encore les interdits de la finance islamique) qui sont la prohibition de l’intérêt, la censure du hasard et de la spéculation délétère, le financement d’activités jugées illicites, découvrons les deux principes positifs (admis), constituant des obligations, à savoir :

Le principe du Partage des Profits et des Pertes

Le principe du partage des profits et des pertes, aussi appelé règle des 3P31 et un fondement de la répartition des revenus en finance islamique. Ce rôle est, d’une manière plus large, admis dans la littérature juridique et économique de ce système. Elle tient compte des valeurs de  justice, d’égalité sociétale et de fraternité. Le niveau de risque assumé par chaque acteur conditionne la répartition des dividendes, selon la charia, dans un climat où la conjoncture économique présente des incertitudes.

L’adossement à un actif tangible

La charia autorise uniquement les transactions financières adossées sur des biens tangibles et identifiables (des biens immobiliers ou des matières premières, par exemple). La finance islamique se met au service de l’économie réelle, à travers cette caractéristique fondamentale. Elle  condamne de ce fait la création monétaire outrancière  (source d'inflation), l’endettement excessif et la structuration d’actifs financiers eux-mêmes adossés sur du papier.  la monnaie étant un intermédiaire entre les actifs, toute transaction financière islamique doit respecter le principe d’adossement à un actif tangible et identifiable ; car comme le signifie Majidi (2016), en citant Iqbal et Mirakhor (2007): « l’argent n’est qu’un capital potentiel et ne deviendra réel qu’après son association avec d’autres ressources naturelles telles que le travail créatif et l’effort ».

En somme, il faut retenir que la finance islamique est un système financier dont les principes (cinq) sont conformes à la loi coranique. Elle repose sur des valeurs telles que la justice, l’équité, et la transparence.



Références bibliographiques:

Ahmed, H. (2014), "Analytical tools of Islamic economics: choice and the equi-marginal principle", in Hassan, K. and Lewis, M. (eds), Handbook on Islam and Economic Life, Edward Elgar, UK, pp. 90-112.

Alioui, F. Z., Guellil Z., et Badraoui, S. (2015), « La finance islamique, des fondements au système », Management Intercultural, Volume XVII, Nr. 1 (33).

Guéranger, F. (2009), Finance islamique : une illustration de la finance éthique, Paris, Coll. Marchés financiers, Dunod, 262 p.

Guermas-Sayegh, L. (2011), la religion dans les affaires : la finance islamique, La Fondation pour l’innovation politique, www.fondapol.org.

Haniffa, R. and Hudaib, M. (2019), Islamic Banking and Finance: An Introduction, Cengage Learning EMEA, pp. 25

Iqbal, Z. and Mirakhor, A. (2011), An Introduction to Islamic Finance: Theory and Practice, Second Edition, John Wiley, Singapore.

Kettel B. (2010), “Islamic Finance in a Nutshell: A guide for non-specialists”, John Wiley and Sons.

Khelifa, H., Trari-Medjaoui, H. (2023), "The financial stability of Islamic banks: a comparative study with conventional banks in the Gulf region", Finance & Markets Journal, Vol. 10 , N° 2, p.143-164.

Koné, F. D. M. (2022), Finance islamique, qaulité des institutions et croissance économique en Afrique Subsaharienne, Thèse de Doctorat en sciences économiques, Université  Alassane Ouattara de Bouaké.

Majidi, E. (2016), Finance islamique et croissance économique: quelles interactions dans les pays MENA, Thèse de Doctorat en sciences économiques, Université de Pau et des Pays de l’Adour.

Martens, A. (2001), « La finance islamique : fondements, théories et réalité », l’actualité économique, 774, pp 475 – 498.

Mzid, W. (2013), « La finance islamique : principes fondamentaux et apports potentiels dans le financement de la croissance et du développement », Economic Agendas of Actors, P. 51- 70.

Trari-Medjaoui, H. (2012), Des limites de la finance conventionnelle à l’émergence de la finance alternative, Thèse de Doctorat d’Etat es-sciences économiques, Université d’Oran 2, 287 p.

Visser, H. (2009), “Islamic Finance: principles and practice”, Edward Elgar Publishing Limited.


samedi 20 octobre 2018

La finance islamique: quels fondements?

 Le modèle financier islamique semble se présenter comme un système concurrent du système financier « conventionnel ». Le développement de ce modèle a d’abord correspondu à l’éveil de l’islam politique, mais il a connu son véritable décollage avec la mondialisation financière. Cependant cette finance de participation de révèle difficile à mettre en œuvre, car ni les infrastructures financières, ni les structures sociales ne s’y prêtent aisément. Son orientation en faveur des « biens réels » (immobilier, marché des matières premières, etc.) l’expose à de nombreux risques et pertes. Certaines idées ont jugé alors que la Finance Islamique (FI) n’était, en réalité, qu’un épisode éphémère associé au boom pétrolier.

Paradoxalement, elle demeure toujours et ne cesse de grandir vu son portefeuille qui s’établit autour de 3700 milliards[1] aujourd’hui contre 2000 milliards[2] de dollars en 2014. On note également qu’en 2008 il valait environ 840 milliards de dollars après un taux de croissance des actifs islamiques de 30 % sur la période 2002-2007 (Fall, 2010). En se situant un peu plus en arrière, on remarque qu’en 1985 la valeur des actifs des Institutions de Financement Islamique (IFI) tablait autour de cinq milliards de dollars (Martens, 2001). Les statistiques montrent aujourd’hui qu’il y a plus de 600 IFI en activité dans près de 80 pays.

L’industrie financière islamique devrait croître d’environ 10 % entre 2024 et 2029 selon les dernières prévisions. L’idée de sa différence avec le système conventionnel, incite à la recherche du socle de ce système financier. En d’autres termes, quels sont les fondements de cette finance ?

La Finance Islamique est fondée sur l’interdiction par l’Islam de l’usure, appelée en arabe ribâ (de rabâ, augmenter). Il ne s’agit pas seulement de l’usure au sens usuel du terme que nous lui connaissons, mais de l’application à toute forme de financement d’un taux d’intérêt prédéterminé et fixe, quel qu’il soit. Ainsi, dans la religion musulmane, ribâ signifie indifféremment usure et intérêt. Selon Martens (2001), la prohibition du ribâ, plus particulièrement dans sa dimension d’usure, est inscrite dans le Coran, le livre sacré des musulmans. On remarque donc que le ribâ est explicitement condamné aux chapitres 2 (sourate de la génisse, aussi dite de la vache), 3 (sourate de la gent ou famille d’Imran) et 30 (sourate des Romains). La dimension d’intérêt du ribâ est plus évoqué pour certains dans les hadiths ou « dires et actes attribués au Prophète ». Aussi, est renforcée, cette idée, par la condamnation de l’usure et, dans la foulée, le prêt à intérêt, dans le christianisme, en se basant sur la tradition aristotélicienne et le Nouveau Testament, dont l’Évangile selon Luc (chapitre 6, versets 34 et 35).

L’un des principes fondamentaux de l’économie islamique qui est l’interdiction du ribâ, tirerait sa source dans des dogmes et pratiques plus anciennes. En effet, dans le Pentateuque de l’Ancien Testament, qui est la Torah des Juifs, plus particulièrement dans l’Exode (chapitre 22, verset 25) et le Lévitique (chapitre 25, versets 34 à 46), la pratique de l’usure est condamnée, amenant l’interdiction du tarbit, mot hébreux qui signifie à la fois usure et intérêt comme ribâ en langue arabe. Dans la pratique juive, on note cependant une sélection dans le mode d’application de cet interdit. Le tarbit était interdit entre Juifs, mais permis entre Juifs et non Juifs. On attribue à cette distinction la paternité de la banque juive dans les pays chrétiens et musulmans du Moyen Age.

De plus, Pajolec (2009) affirme que l’adjectif « islamique » définit simplement le fait que cette nouvelle finance puise « ses valeurs dans la mouvance de la religion islamique, respecte les principes et les interdits édictés par la loi religieuse, la Charia ». Selon (Smith, 2009), la Charia comprend à la fois les dogmes religieux, « al’Aquida » (al’Aquida, en arabe, science des fondamentaux, des dogmes de la foi), et tout ce qui se rapporte à l’être et ses rapports sociaux, « al-Muamalat ». Ainsi, la finance islamique, n’envisage dans la Charia que les règles relatives aux transactions commerciales, à l’activité économique.

Figure 1 : Schéma de la place de la finance islamique en islam
















Source : Lila Guermas-Sayegh[3], p 9.

In fine, Alioui et al. (2015) soutiennent que le système financier islamique est régi par la Charia. Il doit donc s’organiser donc autour de mécanismes, d’institutions et de produits qui doivent respecter l’ensemble des principes philosophiques édictés dans les sources de droits islamiques. Selon Billah (2007), il existe deux approches juridiques différentes parmi les juristes islamiques. Les traditionalistes (ahl alhadith) s'appuient uniquement sur le Coran et la sunna (traditions) du Prophète comme seules sources valables pour la jurisprudence. L'approche non traditionnelle (ah al-ray') repose sur le libre usage du raisonnement et de l'opinion en l'absence de hadiths fiables. Ainsi, les activités ou pratiques dans le système financier islamique peuvent être examinées à partir de ces deux approches.

Dans la pratique, le droit islamique fait recours à quatre sources : le Coran, la sunna ou tradition du Prophète, les qiyas (analogies), et l'ijma (consensus). Tout au long de l'histoire, les juristes musulmans ont déterminé la légalité d'une question à partir de ces sources, par ordre décroissant. Si la légalité n'était pas fondée sur un commandement explicite du Coran, les juristes se tournaient alors vers les commandements explicites du hadith, du qiyas et de l'ijma (consensus) (Billah, 2007 ; Alioui et al., 2015). Nous avons à juste titre les sources des règles par ordre d’importance, comme suit :

  1. Le Coran : Ce texte « sacré » est considéré comme la première source du droit musulman. Il rend compte du message de Dieu, tel que relevé au prophète Muhammad. Selon Alioui et al. (2015) en citant Seddik (2004), le Coran récapitule l’héritage biblique « du récit adamique jusqu’à l’ascension de Jésus et la prédication de Jean Baptiste, en passant par le Déluge, l’Exode, le règne de David et de Solomon, […]» Notons que, le Coran comprend trois grands ensembles: des textes de pure spiritualité (louanges de Dieu, évocation de la fin du monde); des textes narratifs souvent d’inspiration biblique et ayant un rôle d’édification; et des textes normatifs, qui énoncent des obligations d’ordre éthico-juridique.
  2. La Sunna : elle constitue l’ensemble de notes mettant en mémoire la vie du prophète, ses paroles ainsi que ses accords et désaccords sur les principes de la vie quotidienne (Hassan et Lewis, 2007). Les paroles du prophète, aussi appelé « sunna qawliya » (La Sunna qawliya, se distingue de la sunna fi’liya, qui se rapporte à la manière dont se comportait le prophète), sont rapportés dans ce qu’on appelle les hadiths. La Sunna représente la seconde source de droit musulman.
  3. Al-Ijma : pour les sunnites, le consensus général, en arabe « Al-Ijma », est considéré comme la troisième source du droit musulman. L’Ijma est une source importante pour résoudre les problèmes contemporains et est largement utilisé dans la finance et la banque islamiques (Habib, 2018). En effet, lorsqu’un cas juridique se présente à un moment donné, et que tous les Moujtahid (savants ou universitaires musulmans) s’accordent pour prononcer un même avis le concernant, leur accord est appelé Ijma. Le jugement résultant ainsi de ce consensus fait autorité et acquiert le statut de loi religieuse.
  4. Al Qiyas : à la lecture des spécialistes des fondements du droit musulman, « al-Qiyas », ou le raisonnement par analogie, constitue la quatrième source du droit musulman. Ce raisonnement est utilisé, lorsqu’il est question d’un cas juridique non mentionné dans les textes religieux. Le cas juridique est alors comparé à un cas semblable, pour lequel une prescription est donnée dans les textes. L’analogie est fondée sur une commune raison d’être du jugement. Il faut reconnaitre qu’aujourd'hui, les érudits islamiques débattent de questions auxquelles la communauté n'était pas nécessairement confrontée dans les premières heures de l'Islam et cherchent une solution qui ne soit pas en contradiction avec le Coran et/ou la Sunna.

Cet article, nous a permis de mettre en relief les fondements du système financier islamique. Ces différentes sources montrent que la finance islamique n’est pas un fait nouveau. Toutefois, ce renouveau de la finance islamique mériterait d’être analysé dans sa contribution sur l’économie à travers ses diverses composantes.

Références bibliographiques :

Alioui, F. Z., Z. Guellil et S. Badraoui (2015). « La finance islamique, des fondements au système », Management Intercultural, Volume XVII, Nr. 1 (33).

Fall, M. O. B. (2010). « Les réseaux de la finance islamique en Afrique », Politique étrangère (Hiver), pp. 805-817.

Martens, A. (2001). « La finance islamique : fondements, théories et réalité », l’actualité économique, 774, pp 475 – 498.

Pajolec, A. (2009). « La Finance Islamique, contribution à l’émergence d’une éthique du XXIème siècle ? », Qualitique n°205.

Smith, H. (2009). Guide de la finance islamique, Le groupe Finance islamique, Paris, 34 pages.

Billah M. M., “islamic banking and the growth of takaful”, in M. K. Hassan and M. K. Lewis (eds), Handbook of Islamic Banking, Cheltenham, UK and Northampton, MA, USA Edward Elgar, pp. 401-418.

Hassan M. K. and Lewis M. K. (2007), “Islamic banking: an introduction and overview”, in M. K. Hassan and M. K. Lewis (eds), Handbook of Islamic Banking, Cheltenham, UK and Northampton, MA, USA Edward Elgar, pp. 1-17

Habib, S. F. (2018), Fundamentals of Islamic finance and banking, Wiley finance series; 315 Pages.

Analyse de la taille et de la part du marché financier islamique – Tendances et prévisions de croissance (2024 – 2029) : https://www.mordorintelligence.com/fr/industry-reports/global-islamic-finance-market; dernière consultation 18/04/2024 à 15 H 32

La finance islamique pèse plus de 2000 milliards de dollars (lefigaro.fr), dernière consultation le 18/04/2024  à 16 H 02.

La finance islamique valorisée à 3700 milliards $ en 2024 : une opportunité pour l’Afrique (agenceecofin.com) ; dernière consultation le 18/04/2024 à 14 H 32.



[3] Lila Guermas-Sayegh, la religion dans les affaires : la finance islamique, la fondation pour l’innovation politique, www.fondapol.org, mai 2011, 30 p. elle retrace le schéma décrivant le fondamentaux de l’islam, à travers lequel les éléments essentiels de la finance islamique se dessinent. Cette représentation faite par Guermas-Sayegh est elle-même inspirée de : Brian Kettel, Islamic Banking in the Kingdom of Bahreïn (BMA 2002)